The Ninja Kid - Tome IV

Selection du chapitre:




CHAPITRE IV - CHRISTELLE


« Voleur !! Voleur !! »
Un homme d’une cinquantaine d’années courrait dans les rues à vive allure.
À ses trousses, trois soldats de la milice d’Esperance bien décidés à rattraper le malotru.
Ce dernier portait dans ses bras des vivres qu’il venait certainement de subtiliser sur l’une des nombreuses échoppes de la place du grand marché.
Bousculant les passants avec hargne, il faisait tomber de nombreuses personnes sur son passage, femmes et enfants compris.
Un jeune garçon arriva dans sa direction au pas de course, il tenait dans ses bras un grand vase qui semblait être extrêmement précieux. Il arborait aux poignets et aux chevilles des poids d’entrainement, exercice classique des moines du temple de Renaissance.
À la vue du voleur se dirigeant dans sa direction, le garçon lança soudainement le vase dans les airs et d’un coup de pied en plein visage stoppa net la course du brigand, le laissant inconscient sur les pavés du marché.
L’attaque avait été d’une rapidité et d’une puissance terrible, le fuyard n’avait strictement aucune chance de se relever après une frappe aussi millimétrée.
Les soldats arrivèrent au niveau de la scène et entreprirent de relever le corps inerte du voleur tandis que le jeune homme rattrapait le récipient dans la foulée.
«  Merci PH ! fit l’un des guerriers, tu nous as sauvé la mise une fois de plus ! »
Le Saïyen arborait un petit sourire moqueur.
« C’est la deuxième fois cette semaine, va falloir vous mettre à la course ! »
À peine sa phrase terminée que PH s’élança de nouveau à vive allure à travers les ruelles du petit village.


Notre héros passa le petit portail qui menait à l’intérieur du dojo.
« Bonjour. »
La petite voix qui venait de le saluer à son entrée était une jeune fille d’apparence frêle.
Il s’agissait de Christelle. À la grande surprise de PH, elle se trouvait être la sœur de Side.
Le Saïyen n’avait jamais entendu parler d’un deuxième enfant de la part du vieux Kaï et cette découverte l’avait plongé dans la stupeur.
Au fil des mois, il avait appris à découvrir une demoiselle pleine d’attentions, à la conversation passionnante et à la fougue inépuisable.
Elle qui semblait si chétive possédait une énergie et des ressources incroyables !
Ils passaient énormément de temps ensemble, elle lui contait les histoires des planètes alentour, lui parlait du mythe de la création de l’univers et des contrées encore inexplorées de l’espace. Elle était véritablement passionnée par les étoiles.
De son côté, il lui parlait de la Terre, de ses amis qui lui manquaient, de ses passions et ses rêves.
Officiellement, PH se faisait passer pour un amnésique ne se souvenant pas pourquoi il avait atterri ici. En effet, il ne souhaitait pas dévoiler les vraies raisons de son séjour ici.
D’une part, car il ne savait pas réellement ce qu’il cherchait lui-même et aussi la vérité aurait sans doute jeté un trouble et aurait conduit les autres à se méfier de lui, ou tout du moins à le considérer d’une autre manière.
Notre ami embrassa Christelle sur la joue en passant et pénétra dans le jardin.
Elle sourit devant cette attitude désinvolte, c’est ce qu’elle appréciait chez lui, sa spontanéité et son naturel lui donnaient beaucoup de baume au cœur.
Au moment où il posait le vase au niveau de la coursive d’entrée, un moine au crâne rasé lui sauta dessus dans un cri terrifiant.
PH para avec aisance le coup de pied de son assaillant et tout en saisissant la jambe du malheureux, le projeta un peu plus loin dans le jardin central.
Hang grimaça de douleur et jura en direction de notre ami.
« Mais comment peux-tu réagir aussi vite ? »
« C’est toi qui es trop lent ! » Ricana le Saïyen


Voilà plus de six mois qu’il avait été transporté dans cette étrange dimension.
Ses pouvoirs n’étaient pas réapparus et il avait fait une croix dessus. Transporté dans un passé ou théoriquement il n’existait pas encore, c’était sans doute la raison qui le privait de son don.
Au fil de semaines passées au dojo il avait suivi l’entrainement rigoureux réservé aux futurs soldats de l’Empire. Les exercices étaient rudes, mais ils avaient fortifié son corps et son esprit.
Il avait appris à se déplacer aussi silencieusement qu’une ombre, ressentait de manière intense la nature qui l’entourait et faisait corps avec ce qui se trouvait autour de lui.
Le soir, à l’heure où le soleil descendait lentement vers l’horizon, il courrait sur la plage avec ses camarades d’entrainement.
Leur foulée était si légère qu’un ruban de plusieurs dizaines de mètres, attaché à leur cheville, flottait dans le vent sans jamais toucher le sol.
En plus de cette harmonie avec les éléments, il maitrisait des techniques redoutables basées sur la vitesse et la précision. L’étude de l’anatomie était très poussée et lui avait permis d’en découvrir davantage sur les différents points faibles du corps humain. Il en résultait un art particulièrement efficace et qui pouvait mettre hors de combat un adversaire très rapidement.

En cette belle matinée un peu fraîche, PH s’était assis en tailleur en face de la mer pour son exercice de méditation. Chacun des élèves avait son coin de prédilection pour se relaxer et se concentrer et notre ami venait tous les jours à cet endroit précis.
Cela lui rappelait sa ville natale qu’il n’avait pas revue depuis tellement longtemps.
Sa famille lui manquait beaucoup…

Comme pour répondre à cette solitude qui commençait à le gagner, une main délicate vint se poser sur son épaule et la jeune Christelle s’assit à côté de lui.
La demoiselle n’était pas bien grande, à peu près de la taille de notre héros, avait les cheveux châtains, un visage fin et portait un léger kimono blanc.
Christelle était une très jolie fille et tout le monde s’accordait sur ce point.
« Tu penses à tes amis ? »
« Oui en partie, mes parents aussi, ma planète. Nos racines ont la peau dure. »
« Tu veux bien me parler un peu plus des gens qui comptent pour toi ? » lui demanda-t-elle les yeux pétillants de passion, comme à chaque fois qu’elle lui demandait quelque chose.
En effet, elle n’avait jamais quitté la planète Nosfératu ou elle vivait avec son frère. Mais chaque fois que PH lui demandait pourquoi elle n’avait jamais entrepris de voyage, elle esquivait la question d’un air sombre.
« Alors ? »
« Eh bien... commença notre héros, d’abord il y a Fabien, c’est mon meilleur ami, il est très intelligent, lit beaucoup et aime apprendre toujours de nouvelles choses. Mais surtout, c’est lui qui me comprend le mieux… »
PH regarda Christelle droit dans les yeux et commença à imiter Fabien.
« PH ! Si tu continues à tout prendre à la légère, tu n’arriveras jamais à rien ! »
Elle éclata de rire à l’écoute de cette parodie et s’exclama :
« Il fait vraiment comme ça ? »
« Oui ! Et ce n’est rien, tu l’aurais vu quand je me suis endormi pendant qu’il m’expliquait une leçon que j’avais ratée ! »
« Il a dit quoi ? » demanda-t-elle en se prenant de plus en plus au jeu.
Le garçon prit un air encore plus sévère que tout à l’heure et fit :
« Ne me dis pas que tu dors pendant que je te parle !! »
Christelle se prit le ventre à deux mains tout en riant aux éclats.

« Ensuite, il y a Alexis, il ne prend jamais rien au sérieux, passe son temps à gaffer et à casser tout ce qui lui tombe sous la main ! »
« Il est plus maladroit que toi ? »
«  Tant que ça ! » fit PH en riant.
« Oui, tant que ça ! »
«  Oui, répondit-il en souriant, il n’y a pas plus dangereux qu’Alexis dans tout l’univers, tout ce qui lui passe entre les doigts est irrémédiablement condamné à la disparition ! »
«  J’aimerai bien le rencontrer ! » fit la jeune fille amusée.
« Après, il y a Squall. Il fait la tête tout le temps, râle en permanence ! »
« Mais il a beaucoup souffert c’est ça ? »
Le garçon marqua un temps d’arrêt en souriant. L’intuition et l’empathie de sa comparse lui semblaient toujours aussi désarmantes. C’est en partie pour cela qu’il appréciait tant sa compagnie, dès le début il lui semblait qu’elle comprenait tout ce qu’il disait, ses peurs, ses doutes, ses douleurs… Elle faisait preuve d’une écoute et d’une chaleur unique. Mais de son côté, elle semblait réfractaire à se livrer. PH sentait bien que quelque chose au fond d’elle la préoccupait, mais elle esquivait toujours la conversation et finalement, ne parlait que très peu de ses propres sentiments.
« Et donc ? » demanda Christelle en riant devant la tête de son ami.
« Et bien au début on ne s’entendait pas du tout, on se disputait tout le temps, mais finalement, il a commencé à me respecter et il est devenu un compagnon sur lequel on peut compter. »
« Tu n’as pas d’amies filles ? » demanda la demoiselle incrédule.
« J’ai une bonne amie qui s’appelle Anaïs, on s’est rencontré pendant notre scolarité, c’est un sacré caractère, mais quelqu’un de très sensible ! »
« C’est tout ? »
« En amie, oui. » Répondit PH.
« Tu as moi aussi maintenant ! »
« C’est vrai ! Corrigea PH, je connais aussi une certaine Christelle, elle est gentille, mais elle passe son temps à me réveiller tôt le matin ! »
« Oh ! Ce n’est pas vrai ça ! »
Christelle se précipita sur notre héros et se mit à le chatouiller sans ménagement !
Ils basculèrent en arrière et l’espace d’un instant leurs visages se retrouvèrent à quelques centimètres. Les deux amis ne bougèrent pas pendant plusieurs secondes.
PH éprouvait un sentiment étrange. Un mélange de nostalgie et de tristesse se lisait sur les yeux de la jeune femme. Le Saïyen connaissait bien ce regard… Il avait le même il n’y a pas si longtemps. Ce sentiment que rien n’est possible se lisait parfaitement sur la frimousse de la demoiselle. Il ne bougea pas et continua à la fixer, comme en proie à une profonde réflexion.
Finalement, elle se releva lentement et lui pinça la joue.
« Alors ! Qui est cette deuxième personne dont tu ne veux pas me parler ? »
PH eut un moment de doute, il ne savait plus très bien si elle se sentait seule et appréciait les moments qu’ils paissaient tous les deux ou si elle commençait à avoir des sentiments pour lui. S’était-il montré trop proche d’elle ? Trop démonstratif ? Son insouciance lui avait fait-il franchir sans le vouloir une ligne rouge ?
Il se retrouva du coup gêné de la question, mais il décida d’y répondre avec honnêteté.
« Il y a Vanessa. Celle pour qui je donnerais tout. »
Christelle ne réagit pas tout de suite après cette phrase. Après un temps d’arrêt, elle sourit avec mélancolie.
« C’est bien… Je suis heureuse de savoir qui tu éprouves ce sentiment envers quelqu’un. »
« … »
« Me feras-tu visiter la Terre ? Me présenteras-tu aux gens que tu aimes ? »
« Bien sûr ! » s’exclama PH sans même réfléchir à la question.
Christelle retrouva une mine radieuse à l’annonce de cette nouvelle, mais se mit soudain à tousser de manière insistante.
« Ça va ? »
« Oui, ne t’inquiète pas, j’ai dû attraper froid, je vais rentrer maintenant. »
« Bien… À plus tard. »
Le garçon la regarda partir avec une pointe de tristesse, il avait l’impression de lui avoir fait du mal. Bien sûr, il ne pouvait pas cacher l’existence de Vanessa, mais d’un autre côté il n’était pas sûr que cela soit la véritable cause de sa peine.
Mais ce qui l’inquiétait le plus, c’était l’état de santé de la jeune fille. Cela faisait plusieurs fois qu’il remarquait ses quintes de toux et sa mine de plus en plus pâle.
Il espérait que ce ne soit rien de particulier et que tout rentrerait dans l’ordre assez vite.

Les semaines passèrent et Christelle se fit de plus en plus faible. Au bout de deux mois, elle dut être alitée et ne pouvait pratiquement plus sortir de sa petite chambre.


PH para habilement le poing du jeune Side !
Saisissant le poignet de son adversaire, le Saïyen l’attira à lui et d’un rapide coup du coude dans l’estomac, le projeta en arrière. Mais le soldat réussit à atterrir sans problème sur ses pieds et retrouva rapidement son équilibre.
Dans ce petit champ en dehors du village, l’entrainement des deux amis faisait rage.
En quelques mois, ils avaient forgé une solide amitié basée sur le respect et la confiance.
Ils partageaient de très nombreuses discussions, parfois jusqu’à tard le soir et joutaient presque exclusivement ensemble.
Une vraie complicité s’était installée entre eux.

Tandis qu’ils échangeaient des coups, PH ne put s’empêcher de lui demander :
« Qu’est-ce qui se passe avec ta sœur ? »
Le fils de l’empereur ne répondit pas et se contenta d’effectuer un violent balayage que notre ami ne réussit pas complètement à amortir. Il se releva péniblement et fit face à nouveau.
« Pourquoi tu évites la question ? »
« … »
« Dis-moi ! »
Side arrêta de porter ses attaques et regarda son compagnon droit dans les yeux.
« Christelle a le Nox. »
« Le Nox ? »
« C’est une maladie très rare, pour le moment incurable. Nos chercheurs sont sur le coup, mais le traitement ne sera jamais prêt à temps. »
Un frisson parcouru PH, il n’osa pas tout de suite demander ce qui venait de lui passer par la tête. La future réponse le terrorisait.
« Comment ça, ne sera pas prêt à temps ? »
Une larme coula sur la joue du frère de Christelle.
« Elle va mourir PH… »
« Quoi ?! Mais pourquoi ? Pourquoi ne m’a-t-elle jamais rien dit ! »
« Tu sais mon ami, tout le monde ici est au courant de son état de santé. Elle a toujours détesté qu’on la regarde avec pitié… Et elle a sans doute raison, on fond de nous, et même inconsciemment, nous l’avons toujours vu comme quelqu’un de fragile. »
« … »
« Tu es la première personne qui l’a abordé et considéré comme une femme avant tout, une femme avec des rêves, des espoirs, des projets. Chaque moment passé avec toi l’a rendue plus heureuse, plus épanouie, plus forte. Tu lui as donné le courage de faire face à sa situation. »
« Mais pourquoi ? »
« Elle avait besoin de ce regard… De ton regard tel qu’il était. Elle ne voulait en aucun cas que cela change, c’est pour cela qu’elle nous a demandé de garder le silence. »
PH frappa du pied avec colère.
« Alors pendant tout ce temps… » Gémit-il.
« Je suis désolé. »
« Et moi qui lui ai promis de lui faire visiter la Terre, lui présenter mes amis, alors qu’elle savait très bien qu’elle ne pourrait jamais ! »
Le jeune homme était en proie à une profonde tristesse et une grande culpabilité. Dire qu’il supposait qu’elle était amoureuse de lui alors que tout simplement, elle était heureuse d’être avec quelqu’un qui ignorait sa maladie, qui ne la jugeait pas, la regardait comme toutes les femmes. Quel prétentieux ! Quelle indélicate personne il avait été !

PH couru à perdre haleine en direction du dojo malgré les avertissements de Side.
Il passa le portail à la hâte et ouvrit en trombe la chambre de la demoiselle.
Christelle était dans son lit légèrement surélevé au niveau de la tête. La pièce n’était pas très meublée et la décoration simple.
Elle était un peu pâle, mais lui sourit quand elle le vit entrer.
Le Saïyen ne trouvait pas les mots, il avait oublié ce qu’il devait lui dire, ce qu’il devait faire, ses excuses, ses déclarations, tout vola en éclats pour ne former qu’une bouille informe dans sa tête.
Il s’agenouilla auprès de son lit et cria :
« Pardon ! »
Elle se leva précipitamment et entreprit de le relever aussitôt.
« Pourquoi dis-tu cela ! »
Mais PH refuser de redresser la tête et restait prostré au sol.
« Je suis désolé ! Je t’ai promis des tas de choses, j’ai raconté tellement de bêtises alors que tu souffrais. Je t’ai parlé de mes problèmes stupides alors que tu étais si mal ! »
Christelle se mise à pleurer et l’enlaça tendrement.
« Idiot, bien au contraire… Je n’ai jamais été aussi heureuse de toute ma vie… »
Et tandis qu’il redressait la tête, elle posa sur les lèvres de notre ami un baiser plein de douceur et de tendresse.

 

« Merci pour tout jeune garçon du futur… Peut-être que dans une autre vie… »
« Quand je parcourrai de nouveau le ciel de ma belle planète, tu seras à mes côtés. Pour l’éternité, sur mon épaule, à observer la lune et contempler les étoiles qui, auront beau faire, n’arriveront jamais à briller aussi fort que toi quand tu te tenais près de moi… »








Commentaires:


Page :

Laissez un commentaire: